Bruno Ledru, vice-président de JA en charge du dossier lait fait le point sur la crise laitière

Pourquoi Jeunes Agriculteurs n’a-t-il pas appelé à faire la grève du lait ?

 

La grève du lait déclenchée le 10 septembre par l’APLI (Association des producteurs de lait indépendants) est un cri d’alarme de la part des éleveurs laitiers. Cette grève montre le désespoir dans lequel la filière se trouve actuellement. Jeunes Agriculteurs n’a cependant pas choisi d’appeler à la grève (tout comme la FNSEA et la Confédération Paysanne) : jeter son lait pendant une certaine durée peut s’avérer très risqué pour des jeunes agriculteurs déjà en grande difficulté financière car, même si le lait n’est pas vendu, la traite des vaches a le même coût.

Qu’est-ce que Jeunes Agriculteurs attend de la Commission Européenne ?

 

Il faut d’abord préciser qu’un système régulé comme il l’était auparavant coûtait moins cher à l’Europe et garantissait aux producteurs laitiers un revenu décent, aujourd’hui, un système régulé coûtera plus cher à l’Europe (intervention publique, aide au stockage privé, restitution à l’exportation…) et ne permettra pas d’assurer un revenu aux éleveurs. Depuis 2003, la Commission connaît le scénario qui attend éleveurs laitiers européens pour l’après 2015. L’annonce de la création d’un énième groupe d’experts arrive bien trop tardivement. Aujourd’hui, il y a urgence à obtenir des vraies solutions à court terme et Jeunes Agriculteurs attend des actes, pas des solutions « rustines ». Des nouvelles régulations du marché doivent être clairement mises en place pour permettre aux agriculteurs une meilleure vision sur le long terme.

En quoi consiste le « projet lait » de Jeunes Agriculteurs ?

 

Nous proposons un véritable projet pour la filière laitière. Ce projet repose sur le principe de la reprise en main par les producteurs de la gestion globale de la collecte laitière. Ce projet doit permettre de solutionner des questions telles que la restructuration des outils de transformations, la mise en place d’outils de régulation des volumes, la création d’une caisse de péréquation et le regroupement de l’offre face à la concentration de la distribution.

L’Union Européenne devra pour cela, doter les producteurs d’un nouveau cadre règlementaire pour permettre d’organiser collectivement la collecte du lait par la création d’un seul organisme gérant les volumes et dirigé par les producteurs. La répartition des volumes aux transformateurs se fera selon leurs débouchés. Le prix du lait sera fixé en fonction de la valorisation proposée par l’entreprise. La mise en place d’une caisse de péréquation permettra de dégager des volumes pour éviter la perturbation des autres marchés. Pour les produits de grande consommation basiques, Jeunes Agriculteurs appelle à la création de plateformes de vente communes par produit plus à même de négocier avec la grande distribution. Pour les produits industriels (beurre, poudre de lait), ils proposent la création d’un outil de production collectif. Enfin, pour les produits de grande consommation de marque ou en AOC, la mise sur le marché restera individuelle, entreprise par entreprise.